Nos idéaux républicains sont-ils recevables par toutes les cultures ?

On aurait pu de façon plus générale se poser la question de l’universalité des valeurs.

Nous autres occidentaux avons tendance à être individualistes et nous pensons qu’il existe des règles morales intangibles. Il suffit de voyager pour que cette vision du monde vacille et que nos évidences disparaissent. Nous ne sommes plus au XIX siècle pendant lequel nous allions porter la civilisation aux bons sauvages du reste du monde.

Si on se pose la question de l’acceptabilité d’une de nos valeurs par un autre c’est que nous pensons lui proposer quelque chose de supérieur à ce qu’il a déjà. N’y a pas là déjà une grande prétention ? Parce que l’autre c’est moi et il a ses propres valeurs qu’ils considèrent évidemment comme les meilleures. Alors d’où peut venir la recevabilité de celles-ci par l’autre ?

Je pense que ce qui peut provoquer l’acceptabilité d’une valeur est son efficacité prouvée par l’exemple. Une valeur pourra être perçue comme universelle si elle rend la majorité des gens plus heureux ce qui est après tout la finalité de toutes les philosophies (et des religions mais après sur un autre plan).

Alors regardons nos valeurs occidentales d’un peu plus près. Sur le plan matériel, peu de doute, nos valeurs ont forgé nos sociétés, elles ont permis une grande amélioration du bien-être, diminution de l’extrême pauvreté et une grande amélioration sur le plan médical. Mais…il y l’autre face de la médaille le capitalisme outrancier, le néolibéralisme, les guerres, l’essentielle des diverses colonisations. Enfin l’appauvrissement spirituel et la recherche effrénée de l’argent.

Ne voyant que la France, que dire de la liberté de la presse de plus en plus rabotée, de l’égalité en droit pour laquelle abonde les exemples de son non respect, de la laïcité bafouée par tous les partis politiques ? Pourquoi le barbare accepterait-il des valeurs que nous ne respectons pas nous-mêmes ?
Pourquoi ne serait-ce pas le barbare qui aurait les bonnes valeurs ? Le relativisme culturel est-il compatible avec une visée universaliste.

Le « relativisme culturel » c’est l’idée qu’il n’existe pas de morale ou de philosophie universelle parce que les valeurs d’une communauté, ses coutumes, ses croyances, ses institutions sont le produit de la propre histoire de cette communauté… De fait, on sait bien que chaque culture, chaque civilisation a sa propre manière de définir le droit, le juste et l’injuste, le bien et le mal, ce qui revient à admettre qu’il n’existe pas d’universalité des valeurs…

D’ailleurs ne serait-il pas paradoxal d’admettre l’hypothèse d’un principe d’universalité des valeurs sans reconnaitre ipso facto l’existence d’une vérité absolue ?

Les droits de l’Homme sont aujourd’hui en occident l’alpha et l’oméga de notre pensée politique en passe de devenir un quasi dogme religieux. Ce n’est pas le cas partout, par exemple le monde musulman ne les accepte pas. Il a été jusqu’à produire « les droits de l’homme islamique » charia compatible pour respecter leur culture mais en totale opposition avec la nôtre. De même nous avons du mal à accepter l’intégralité de « l’american way of live » tant l’arrogance des états-uniens choque notre culture européenne.

Pour finir c’est à partir du Siècle des Lumières, que l’occident prendra la pleine conscience d’autres façons de penser puisque c’est seulement depuis 3 siècles que l’on étudie les peuples de la terre, leurs cultures, leurs traditions et leur vision singulière du bonheur de l’homme. Alors qu’en orient cela est vrai depuis le VIème siècle Av JC au moins en Chine. D’ailleurs la perception du monde par les chinois est très différente de la nôtre, ils ne revendiquent absolument pas l’égalité au sens de notre devise républicaine.
Or, si nous les francs-maçons, nous sommes les « héritiers » indirects et lointains de ces cultures non-occidentales, il ne fait pourtant aucun doute que notre quête d’universalité s’inspire directement de leur quête de sagesse et de bonheur sur terre « ici et maintenant »… A ce titre, la maçonnerie semble donc parfaitement dans son rôle quand elle exprime tout haut cette aspiration de l’humanité que chaque peuple, chaque être ressent consciemment ou pas…

Comme les racines des civilisations sont multiples et que leurs histoires sont différentes, il ne sera guère facile à la Franc-maçonnerie de rassembler les peuples autour d’un même grand projet universaliste, car comme le disait notre Fr… Jean Mourgues « … tous les êtres sont dans le monde, mais chacun est dans son monde », et pour citer Levi Strauss « On aperçoit mal comment une civilisation pourrait profiter du style de vie d’une autre, à moins de renoncer à être elle-même ».

Alors, nous les francs-maçons, si nous savons depuis longtemps que l’avenir de l’humanité nous est commun, ne commettons pas l’erreur de chercher à l’uniformiser et de perdre du même coup cette pluralité culturelle qui fait la vraie richesse de l’humanité.
A l’image du pavé mosaique, entre le blanc éclatant de notre idéal et le noir de l’obscurantisme, le Fr… Yves Le Bonniec trace peut-être le chemin à suivre, je cite : « Et si un jour, la Liberté, la Paix et la Justice doivent régner sans partage sur le monde ce ne sera que par l’intermédiaire d’une reconnaissance de l’Autre et de son droit imprescriptible de vivre et de penser. »