Histoire de notre Loge

Renaissance de la présence du Grand Orient de France en pays malouin

Les Frères du Grand Orient de France, les Sœurs et Frères des Obédiences amies, obéissent dans leurs comportements maçonniques aux règles générales de l’apiculture. Leur atelier est une ruche, caractérisé comme dans le monde des abeilles, par la division du travail entre individus adultes, la coopération dans l’entretien du couvain et le chevauchement des générations. Les planches d’inspiration sociale qu’ils sécrètent font le miel des parlementaires. Leur travail symbolique est une gelée royale dont se repaît le Vénérable Maître – Reine éphémère de cette ruche symbolique – que les Frères pousseront démocratiquement vers la fonction la plus humble, environ tous les trois ans.

La division du travail évolue selon l’âge de l’abeille. On y reconnaît des architectes, des maçonnes, des ouvrières, des butineuses, des nourrices, des nettoyeuses et des gardiennes. Il serait aisé de faire un rapprochement entre ces catégories d’abeilles et nos diverses fonctions maçonniques. Dans la ruche, la reine, aux décors différents des ouvrières, est inapte à vivre seule et les ouvrières sont inaptes à copuler. La colonie se reproduit donc par essaimage. Il en va de même pour les Loges maçonniques. Pour des motifs incompréhensibles pour les profanes, mais très clairs pour les Frères et probablement liés à l’aménagement maçonnique du territoire, une colonie de Frères fondateurs va essaimer brusquement à partir d’une ruche mère. Et c’est ainsi que La République Malouine, le huitième jour de mai 1996, quitta La Triple Union pour s’en aller polliniser le pays malouin.

En Maçonnerie, comme en apiculture, l’essaimage reste cependant un exercice délicat, parfois conflictuel, laissant la ruche mère démunie et l’essaim en situation précaire, dans un espace peu propice à la pollinisation. Tel ne fut pas le cas pour La République Malouine qui bénéficia de l’aide fraternelle des Frères de La Triple Union, avec un apport substantiel de miel, pour passer l’hiver et mettre en place leur nouvel atelier. L’accueil en colocation dans la ruche de La Fidélité Malouine, de la Grande Loge de France, conforta la qualité de l’essaimage, évitant les frais de construction ou d’achat d’un nouvel atelier, ou la précarité du garage d’un Frère fondateur.

Treize Frères de La Triple Union, parmi lesquels leur futur Vénérable, renouvelèrent ainsi par essaimage l’implantation du Grand Orient de France sur le pays de Saint-Malo. Chiffre symbolique, pouvant faire évoquer la Cène, Jésus et ses apôtres. Dans la réalité une symbolique très éloignée de leurs valeurs maçonniques de tolérance, de République et de Laïcité et, pour la plupart d’entre eux, d’agnosticisme ou d’athéisme.

L’enracinement du Grand Orient de France sur Saint-Malo est ancien puisque La Triple Essence alluma ses feux dès 1772. L’identité corsaire, selon Yannick Rome, semble alors prédominer sur nos valeurs maçonniques classiques. Le fougueux atelier propose, en 1779, au Grand Orient d’armer une frégate et de l’expédier faire la course aux ennemis. La sage réponse de l’exécutif obédientiel fut de recadrer les objectifs d’une Loge, fut-elle malouine, dans l’obligation d’entraide et d’harmonie entre les Hommes de toute nationalité.

Nous pouvons épiloguer sur les querelles de clocher picrocholines, entre la loge La Triple Essence de Saint-Malo et La Fidèle Maçonne à l’Orient de Saint-Servan. Il nous paraît plus judicieux de rappeler que La Triple Union à l’Orient de Dinan, fut installée en 1788 par la loge malouine Dauphine. Son titre distinctif rappelle l’union des trois états précédant 1789. Elle entre en sommeil durant la Révolution pour ne rallumer ses feux qu’en 1975.

Du sein de la Loge dinannaise, Triple Union, treize Frères de la région malouine vont mettre en place une nouvelle Loge du Grand Orient de France sur Saint-Malo, l’obédience ayant quitté la région dans les années précédant la seconde guerre mondiale.

Les réunions préparatoires furent multiples, accueillies dans le salon de coiffure du futur Vénérable, Michel. Malgré un parfum de femmes flottant dans le salon et nous rappelant nos Sœurs, le règlement intérieur élaboré pour la nouvelle Loge leur limita le doit de visite. Le débat sur la mixité des Loges est toujours ouvert à la date où cette planche est tracée, assimilé par un de nos plus anciens Frères à une discussion byzantine sur le sexe des anges.

Le dessin du sceau de Loge fut établi, mêlant le cotre malouin, une échauguette du château, à l’acacia et bien entendu à l’équerre et au compas.

Le signe distinctif de la Loge fut largement débattu. Le patronyme de Surcouf, Frère prestigieux initié à l’île Maurice, La Bergère de Pierre, Les Frères de la Côte furent proposés. Le signe distinctif de République Malouine fut enfin entériné. Il rappelait deux périodes historiques où Saint-Malo se gérait en République. En 1308 naissait la première commune jurée de Bretagne, en rébellion ouverte contre l’épiscopat du lieu, le pouvoir régalien absolu et les féodalités locales.

Hamon Le Mareschal fut élu Maire et rêvait pour Saint-Malo d’un destin comparable à Venise ou Florence. La guerre de cent ans éteignit cette velléité de République. En 1590, profitant des dissensions de la Ligue, quelques habiles manœuvriers malouins prenaient possession du Château. Le 12 mars 1590 devenait, avant l’heure, le 14 juillet 1789 malouin.

Le Sieur Jean Picot de la Gicquelaye devenait le premier président de la République malouine. Durant quatre ans, cette République va se gouverner seule, contrôlant ses finances, levant ses impôts et nommant des ambassadeurs pour ses affaires étrangères.

Cette République oligarchique va perdurer quatre ans et se rallier volontairement et très opportunément à la couronne d’Henri IV, fraîchement converti au catholicisme, mais en conservant de substantiels privilèges. Le drapeau de Saint-Malo au-dessus du drapeau français rappelle ce coup d’éclat malouin. L’affaire est rappelée par notre infatigable chroniqueur malouin Gilles Fouqueron dans son ouvrage « La République Malouine », parrain à son insu du signe distinctif de notre Loge ! Tout comme Régis Debray nous dédicaça son livre « Que vive la République », dans lequel nous retrouvions un condensé de nos valeurs. La dédicace fut donc « Que vive la République Malouine », un clin d’œil à la pérennité de notre Loge, qu’il ne put saisir à l’issue de sa conférence.

L’allumage des feux se déroula le 8 mai 1996, date anniversaire de la victoire du monde libre. Trente cinq Loges amies étaient représentées par environ 150 Sœurs et Frères. L’ouverture des travaux fut présidée par le Grand Maître Jacques Lafouge et le Conseiller de l’Ordre Yves Lauro. Etaient installés le Vénérable et l’ensemble du collège des Officiers.

Treize années ont passé. Le nombre de Frères en Loge est resté modeste, environ une trentaine, mais sans pour autant altérer son dynamisme et la qualité de ses travaux qui ont franchi les frontières du Clos Poulet.

Cinq Vénérables se sont succédé, apportant à la Loge le meilleur d’eux-mêmes. Des Frères nous ont quittés pour raisons professionnelles ou personnelles. De nouveaux maillons ont été initiés ou affiliés à La République Malouine. Quatre Frères nous ont quittés pour l’Orient éternel. L’ancien premier Vénérable, Michel, élu pour son ancienneté et sa sagesse maçonnique, rappelait avec malice que le coiffeur est le psychanalyste des dames. Le Frère Guy évoquait avec fierté son métier d’artisan à la « Manufacture Nationale de Sèvres ». Le Frère Charles nous avait délaissés, à la fin de son existence, pour l’avantageuse compagnie d’Alain et de Montaigne. Le Frère François représentait pour nous la mémoire maritime de la Loge.

L’Orient éternel n’est pas une sorte de paradis pour Francs-Maçons. C’est l’appellation symbolique de tout l’espace que tous nos Frères disparus gardent dans nos cœurs et dans notre mémoire.

La République Malouine n’a pas en sa possession les bijoux du Musée Cadet du Grand Orient qu’elle a présenté au public profane dans le cadre de l’exposition « Lumière de la Franc-Maçonnerie », à Dinard, en Octobre 2009. Son trésor est tout entier dans la qualité de ses travaux, dans la fraternité entre ses membres qu’elle souhaite étendre à l’extérieur du Temple.